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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 12:15

Ce dolmen se trouve sur le site mégalithique d'Er Grah, commune de Locmariaquer (56740) dans le département du Morbihan.

 

La Table des Marchand ( an Daol Varchant en Breton) est située à quelques mètres du Grand Menhir Brisé et du Tumulus d'Er Vinglé, sur un terrain qui aurait semble-t-il appartenu dans le passé à une famille dénommée Marchand.

Ce dolmen, certainement l'un des plus visités de Bretagne, a servi de carrière au fil des siècles, et avait perdu depuis longtemps sa couverture en pièrre sèche. Réduit à sa structure interne, il n'avait conservé qu'une grande dalle reposant sur 3 pilliers comme en attestent d'anciennes cartes postales. Malgré ces importantes dégradations, la Table des Marchand était considérée comme "le plus grand et le plus beau des dolmens", notamment pour les magnifiques gravures qui sont visibles sur certaines pierres.

 


La Table des Marchand vers 1900


Le Dolmen des Marchand tel qu'on le voit aujourd'hui a fait l'objet d'importants travaux de restauration qui lui ont permis de retrouver un aspect proche de l'original. Construit selon un schéma commun à beaucoup de monuments mégalithiques de la région ( Gavrinis, Kercado), il est composé d'un dolmen à couloir "classique" recouvert par un grand cairn. C'est donc un édifice qui a été conçu pour que l'on puisse y retourner régulièrement, contrairement au tumulus voisin qui est totalement clos.

 


L'entrée marquée par un linteau monumental est orientée en direction du Golfe du Morbihan au sud-est, peut être en rapport avec l'axe du lever du soleil au solstice d'hiver. Le couloir de 7m de long pour 1,50m de large en moyenne mène à une grande chambre polygonale de 3m sur 3,80m. La hauteur sous plafond augmente progressivement de 1,40m à l'entrée jusqu'à plus de 2,50m dans la chambre, ce qui est particulièrement élevé pour un dolmen. Le couloir et la chambre sont construits avec de grandes dalles pesant chacune plusieurs tonnes, complétées par une maçonnerie de petites pierres.

 


Entrée du dolmen orientée sud-est


Le cairn qui recouvre cette structure mégalithique est de forme ovale et mesure environ 30m sur 25m. Il s'agit d'une impressionnante couverture à double parement construite en maçonnerie de pierre sèche, c'est à dire sans mortier ni ciment. Cette construction en dalles de granit régulières est particulièrement soignée. Les dernières fouilles ont révélé les fondations, ce qui a permis de comprendre la forme globale du monument et de le restaurer. Le cairn a été reconstruit jusqu'à la hauteur maximale des murs retrouvés, mais il est probable qu'il ait été bien plus grand à l'origine, peut être comme celui de Gavrinis dont la façade atteint 8m de haut.

 

Vue intérieure du couloir avec la dalle de chevet au fond


On peut observer des ornementations sur certaines dalles du couloir et de la chambre. Sur le troisième pillier de la paroi gauche on aperçoit quelques lignes courbes interrompues par la fracture de la roche, et vers le bas, sous le niveau du calage, se trouvent des cupules, de petites cavités creusées dans la pierre par les hommes. Cela laisse penser que cette pierre fut travaillée directement à l'affleurement rocheux, bien avant d'être intégrée au dolmen.

Les quatrièmes pilliers de chaque côté ont été visiblement retaillés à leur sommet pour s'adapter à la hauteur du couloir. Comme le Grand Menhir Brisé, ils sont en orthogneiss, un granit particulier qui proviendrait de la presqu'île de Rhuys ou d'un autre gisement distant de plusieurs kilomètres de Locmariaquer. Il est possible que ces pilliers soient d'anciens menhirs réemployés pour la construction du dolmen.

 


Moulages des dalles ornées - Photo de Z. Le Rouzic


Dans la chambre, trois pilliers disparus ont du être remplacés du côté nord, mais ce qui frappe en premier c'est la grande dalle de chevet ornée qui fait face à l'entrée. Ce beau bloc est en grès blanc, un autre type de roche provenant également de plusieurs kilomètres. La forme ogivale de cette dalle est accentuée par un bas-relief en écusson avec la pointe au sommet. Elle comporte 53 signes ressemblant à des crosses ou des épis de blé. Répartis sur quatre rangées, ces signes recouvrent toute la surface de la pierre selon une composition rigoureuse et verticalement symétrique.

Cette dalle est en réalité gravée sur les deux faces, la fosse de calage et des traces d'érosions révèlent qu'elle fut érigée à ce même emplacement en plein air durant plusieurs siècles. Antérieure au dolmen qui fut construit autour, elle a pu appartenir au même ensemble que l'alignement du Grand Menhir Brisé. Par la richesse de son décor, elle représente à elle seule l'un des chefs d'oeuvre de l'art du néolithique.

 


La grande dalle qui constitue le plafond de la chambre est en orthogneiss. Elle mesure 7m de long, 4m de large et 80cm d'épaisseur, son poids est estimé à 40 tonnes, et sa face visible porte différentes gravures. On y voit un signe interprété comme une "hache emmanchée", symbole proche de celui qu'on retrouve sur le Grand Menhir et dans le dolmen du Mané Rutual. On peut observer également un signe en crosse, ainsi que les membres antérieurs d'un bovidé dont la tête est partiellement coincée par un pillier et dont le corps est coupé par la ligne de fracture de la roche.

 


Symbole de hache emmanchée au plafond de la chambre


En 1983, les fouilles du Cairn de l'île de Gavrinis située à environ 4km dans le Golfe du Morbihan ont révélé que les dalles de couverture des chambres des deux dolmens étaient complémentaires. En effet, les lignes de fracture de ces deux pierres en orthogneiss correspondent avec exactitude, et on a découvert sur la face cachée de la dalle de Gavrinis, la partie manquante du bovidé de la Table des Marchand accompagné d'un second animal gravé.

Cette pierre monumentale, complétée par un troisième fragment, pouvait atteindre 14 à 15m de long, et il semblerait que c'était un des mégalithes autrefois alignés avec le Grand Menhir d'Er Grah. Ce monolithe aurait été transporté à Locmariaquer puis érigé et gravé sans doute vers -4700 / -4500. Ensuite vers -4200 il aurait été abattu et fragmenté pour servir plus tard dans la construction des dolmens.

 


Schéma du Men Er Grah et du menhir Gavrinis / Marchand reconstitués
.


Les fouilles ont révélé sous la Table des Marchand les vestiges d'une construction avec des poteaux de bois, témoignant d'une occupation du site antérieure à la construction du dolmen, peut être entre -4500 et -4000. Plus récent que ses voisins le Grand Menhir et le Tumulus d'Er Grah, le Dolmen des Marchand a été construit entre -3900 et -3700 avant notre ère, et semble avoir été occupé pendant près de 2000 ans.

Le site a servi de carrière dès l'époque Gallo-Romaine pour la construction d'une ville et d'un théâtre à Locmariaquer dans les premiers siècles après Jésus Christ. Les pierres furent retirées du cairn les unes après les autres jusqu'à découvrir la structure mégalithique dont quelques pilliers ont subi d'importants dégâts ( quand ils n'ont pas tout simplement disparu).

Le Président de Robien a visité les monuments mégalithiques de Locmariaquer entre 1727 et 1737, mais il ne fait pas mention de la Table des Marchand qui n'a certainement été redécouverte qu'à la fin du XVIII° siècle. Le dolmen fut fouillé en 1811, mais tout le mobilier recueilli à ce moment là est aujourd'hui perdu. Il comprenait notamment des objets en or, révélant une occupation à l'Âge du Cuivre ou au Bronze ancien (-2500 / -2000). Le dolmen devint propriété de l'état puis fut classé monument historique à la fin du XIX° siècle. De nouvelles fouilles et certains travaux de consolidation furent effectués en 1883, 1905 et 1921.

 


Vue du nord (début XX° siècle) - Photo de Z. Le Rouzic


En 1937, afin de préserver les dalles ornées, Zacharie le Rouzic fit recouvrir le monument d'un cairn artificiel jusqu'à la hauteur des tables de couverture, et compléta les murs intérieurs de soutien d'une manière peu esthétique.

En 1986, les fouilles dirigées par Jean L'Helgouac'h sont l'occasion de nettoyer totalement le monument et de retirer toutes les modifications modernes pour révéler les fondations de l'édifice. La restauration sera ensuite entreprise par les Monuments Nationaux à partir de 1991.

Les objets découverts dans la chambre sont aujourd'hui exposés au Musée de Vannes et comprennent:
. Des fragments de poterie et des éclats de silex
. Deux pointes de flèches et une petite hache en fibrolithe
. Une belle pendeloque en calcédoine
. Un fragment de perle en jais perforée

 


Vue du côté ouest du cairn avec les fosses de calage de l'alignement de menhirs disparus.


Datation: Le Cairn de la Table des Marchand aurait apparemment été construit vers -3900 / -3700 avant Jésus-Christ.

Classé MH: 1889

Localisation: Le site mégalithique d'Er Grah est très bien indiqué depuis l'entrée du bourg de Locmariaquer.

Accès: Le site est clôturé et l'accès est payant. Visite commentée des trois monuments, possibilité de visiter l'intérieur du cairn et d'y prendre des photos. Le site est entièrement accessible aux personnes à mobilité réduite et en fauteuil roulant.

Renseignements, tarifs et horaires:
Centre des Monuments Nationaux - Site mégalithique de Locmariaquer
Route de Kerlogonan, 56740 Locmariaquer
Tel: 02.97.57.37.59
www.monuments-nationaux.fr

A proximité:
. Sur le site d'Er Grah se trouvent également le Grand Menhir Brisé et le Tumulus d'Er Vinglé.
. Tumulus du Mané Lud à environ 200m
. Cairn de l'île de Gavrinis à Larmor-Baden.
. Cairn de kercado à Carnac.

Bibliographie:
. Jean L'Helgouac'h, Locmariaquer; éditions Jean-Paul Gisserot
. Charles-Tanguy Leroux et Yvon Boëlle, Carnac, Locmariaquer et Gavrinis; éditions Ouest-France
. Jacques Briard, Dolmens & menhirs de Bretagne; éditions Jean-Paul Gisserot

 

Vue aérienne du site d'Er Grah, en haut le Tumulus d'Er Vinglé, en bas à gauche le Grand Menhir Brisé, et à droite la Table des Marchand (image retouchée depuis une photo de JJ Evendon)

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Publié par Gaël - dans 56 Morbihan
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commentaires

Menhirs Dolmens 22/01/2011 21:24


Bonjour. Félicitation pour ce blog excellent et bravo pour tout le travail qui a certainement été nécessaire pour rassembler toute les photos et les informations. Connaissez vous le cairn de
Larcuste à Colpo et le menhir de Kermarquer à Moustoir-Ac ?. Moins connue que la région de Carnac, la région est aussi très riche en menhirs, dolmens et autres pierres sacrées.


PAPY MARTIAL 23/08/2009 14:22

Bonjour. Tu m'as transmis le virus. Toutefois partant du postulat que les batisseurs de lépoque étaient très proche de la nature et des forces de l'univers, détenteurs d'une science perdue, je priviligie l'approche géobiologique, radiesthésique et géomancie du sacré. Pourquoi les batisseurs de l'époque n'auraient-ils pas pratiqués pas une sorte de fen-shui ?.Je vais faire des recherches dans ce sens à temps perdu. A+

Gaël 24/08/2009 09:08


eh eh content de t'avoir transmis le virus! En effet je pense que beaucoup de choses nous échappe quant aux connaissances des batisseurs de mégalithes. Certaines thèses astronomiques et
radiesthésiques semblent très intéressantes mais il faut malheureusement faire le tri avec toutes les pseudos théories totalement absurde. Il y a des gens qui preferent cultiver le "mystere des
megalithes" plutot que d'essayer de comprendre serieusement à partir des elements dont on dispose. Au sujet du Feng shui c'est un sujet que je connais trop mal, il faudrait que je me renseigne
dessus, mais bien qu'il s'agisse de culture tres eloignées il peut y avoir certains points communs.
A bientot